Café des artistes

Café des artistes

Signification des noms tibétains

Quand le nom devient une véritable carte d'identité ne se résumant pas simplement à l'identité d'une personne physique mais également à ses particularités, son caractère, sa position sociale et également son vécu, c'est toute une vie qu'il révèle. Toute une personnalité, tout un vécu, toute une hiérarchie mise dans un nom !
Tous les noms ont une signification mais seuls des enseignants de tibétain sont capables d'en donner la définition.

***

Certains sont des mots usuels du langage courant : Namkha "ciel" ou Mentok "fleur".

***

D'autres sont des mots composés : wang = pouvoir ; chuk = riche ; dak = renommée ; du = acquérir ; gyal = roi. D'où le sens des noms tibétains : Wangchuk "riche en pouvoir" ; Wangdak "pouvoir étendu et reconnu" : Wangdu "acquérir du pouvoir" ; Wangyal "roi du pouvoir".

***

De nombreux noms ont une signification qui dépasse le sens brut du mot et pour les comprendre, ils doivent être replacés dans un contexte social comme Kunkhyab "sauver tous les hommes".

L'origine des noms est parfois religieuse : Tenzin "détient la doctrine de la religion" ou Choephel "répandre le Dharma", d'autres sont de bonne augure : Tashi "bonne chance" ou évoquent le souhait de réussite sociale : Chomphel "promotion", Kalsang "vie prospère" ou Phuntsok "prospérité".

***

Des noms sont aussi liés au jour de naissance de l'enfant : c'est ainsi que Nyima est né(e) un dimanche tandis que Dawa, Passang et Pempa sont respectivement nés le lundi, le vendredi et le samedi. Namgang quant à lui est né le dernier jour du mois. 

***

Il n'est pas rare que dans une même famille les grands-parents, les parents et les enfants aient le même premier nom : Lobsang ou Kunsang. Pour les distinguer, il suffit d'énoncer le deuxième nom.

Les noms les plus fréquemment utilisés sont Tsering et Tenzin. De toute évidence, l'attribution massive de Tenzin est liée à l'actuel Dalaï Lama prénommé Tenzin Gyaltso.

 ***

♥ En première position, les noms utilisés sont unisexe, ils désignent aussi bien les hommes que les femmes.

♥ En deuxième position, le  nom de la personne détermine habituellement le sexe mais pas dans tous les cas car si de nombreuses filles s'appellent Tsering Dolma, nous avons aussi rencontré Dolma Tsering à Namgyal Higher Secondary School qui insistait sur le respect du bon ordre de ses noms.

***

Certains noms, tels que Yungdung "éternité", sont rares et ne sont utilisés que par des castes ou des sectes bouddhistes minoritaires.

***

Noms Féminins

Les noms féminins reflètent la grâce et la beauté : Youdon "lumière turquoise", Sangmo "douceur féminine" ou Saldon "lumière brillante".

Les syllabes "ma" et "mo" à la fin d'un nom, désignent le genre féminin. Ces syllabes proviennent des mots tibétains ama "maman" et mo "femelle" d'où découlent les mots du langage courant : momo "grand-mère", pumo "fille", numo "petite sœur" ou zurno (croisement de la vache et du yack donnant un hybride femelle).

Sangmo "douceur féminine" est un nom féminin.

 

Noms masculins

Afficher l'image d'origine

Les noms masculins évoquent davantage la virilité : Jigme "hardi - sans peur - brave", Drukda "le son du tonnerre" Wangdu "acquérir du pouvoir" ou Topdhan "énergétique". Les noms masculins expriment aussi l'idée de propagation et de défense du Dharma : Adung "le messager de Dieu", Choephel "répandre le Dharma" ou Tenphel "améliorer la religion".

La syllabe "po" qui signifie mâle, est réservée aux hommes d'où vient le mot popo "grand-père".

Sangpo "gentil - sincère" est masculin.

 

Famille

Au Tibet, la famille royale et les familles nobles disposent d'un troisième nom qui est placé à la suite des deux noms habituels : Tsang et Samkhar sont des noms réservés à deux familles royales tibétaines et Yabshe est le nom distinctif de la famille de Sa Sainteté le Dalaï-Lama Tenzin Gyaltso.

 

Lorsque dans une famille le frère ou la sœur de l'enfant qui vient de naître est déjà mort(e), on exorcise le nourrisson en lui donnant le nom peu usité Shilok "revenu de la mort" ou Khyiloe "tu vaux moins qu'un chien". L'association Aide à l'Enfance Tibétaine a su nous expliquer pourquoi un enfant peut recevoir un nom aussi hideux. Les mauvais esprits ne se logent que dans des corps sains, ceux des beaux enfants ou d'enfants ayant un nom attractif, joyeux, positif ou religieux.

Pour lancer des maléfices, ces esprits ne chercheront jamais à traverser les défenses d'un répugnant Khyloe.

  

Quand un enfant est depuis longtemps gravement malade et que tous les médicaments se sont avérés inefficaces, un lama donnera à l'enfant, pour le soigner, un autre nom qui commence en général par tse "vie" : Tsegha "heureux de vivre" ; Tsering "une longue vie" ; Tsetan "une vie immuable et rigide comme une montagne" ; Tsewang "initiation à une longue vie" ; Tsepel "allonger la vie" ; Tseleg "avoir une vie paisible et agréable" ou Tseyang "trésor de la vie".

  

Quand une grossesse se passe mal ou si la maman a eu des complications lors de la précédente grossesse, on pense qu'un lama peut par simple attribution d'un nom à l'enfant, guérir ou soulager la maman. Un lama de grande renommée serait même capable de prédire le sexe de l'enfant. Plus besoin d'échographie onéreuse !

 

Ainsi le nom donné à un enfant n'est définitif que s'il représente la stabilité ou la rigidité comme Kunsang "toujours" ou Chime "immortel(le)". De même, après le mariage un nom ne peut plus être changé.

 

Un enseignant de Shree Srongtsen Bhirkuti Boarding High School nous rapporta ces quelques phrases avec un sourire malicieux : " Au Tibet et au Népal la planification familiale n'est pas nécessaire. Les gens croient en une divinité qui programme les naissances. Quand les aînés d'une famille ne sont que des filles, la dernière-née reçoit le nom de Bhuti "on voudrait un garçon" ou de Tsamchoy "ça suffit les filles, nous voulons un garçon à présent".

***

Dans les couples mixtes népalais-tibétains, l'enfant obtient soit un nom népalais, soit un nom tibétain, soit un nom mixte népalais-tibétain comme cette fille de Namgyal Middle Boarding School qui s'appelle Perna "Ramia".

***

Ce ne sont pas seulement les parents qui baptisent leur enfant. Parfois ils lui accordent un nom provisoire en attendant le nom définitif que lui donnera un oncle, une tante voire un ami proche qui sera sollicité(e) parce qu'il ou elle a déjà des enfants, un statut social prestigieux ou une vie droite et juste.

***

Quand des parents ont un proche qui est religieux ou quand ils sont imprégnés d'une foi profonde en Bouddha, ils demandent à un lama de faire le choix du nom de l'enfant. Pour le premier nom, le lama donne généralement le même que le sien. Le lama est consulté quelques jours après la naissance de l'enfant. La consultation et le nom coûtent 20 Roupies (0,3 Euro). Afin que son deuxième enfant ne porte pas le même nom que son frère aîné Tenzin, le principal d'une école tibétaine a préféré consulter un lama dont le nom ne commence pas par Tenzin.

 

***

Depuis quatre ans, l'association Tibet Libre constate de plus en plus d'erreurs dans l'écriture des noms. Ces erreurs proviennent souvent de la mauvaise prononciation ou de la difficulté des Tibétains à écrire avec des caractères latins : Topdan et Topden ; Khado et Khando. Certaines erreurs peuvent changer le sens du nom ou le sexe : Namduk qui signifie "dragon volant" est réservé aux hommes tandis que Namdup est à la fois masculin et féminin et signifie "achèvement - accomplissement" alors que le nom féminin Namdu représente un "avion" qui ne faisait, auparavant, pas partie du lexique des noms tibétains.

***

L'influence du tourisme au Népal, provoque aussi de nouvelles intonations qui n'existaient pas en tibétain : Dorje est devenu Dorjee qui est prononcé avec un accent anglais.

***

Tibet Libre observe également dans des courriers provenant d'Inde ou du Népal, que des noms sont à présent abrégés et juxtaposés ; Norbu Dhondup est devenu Nordup.

 

Quand les Tibétains s'interpellent, ils n'utilisent pas forcément les deux noms. Ils n'en retiennent qu'un seul : le plus facile à prononcer, celui qui est unique dans la famille ou le moins courant comme par exemple Namgyal Phuntsok appelé Phuntsok.

***

Quand une mère est seule dans une pièce avec son fils, elle ne prononce pas son nom Dhonden Tsewang mais pu (prononcez pou) qui signifie "fils" en tibétain. Tandis que lui, ne dit pas ama "maman" mais dans ce cas particulier, Dechen Palmo, qui sont les noms propres de sa mère.

***

La tendance religieuse d'une personne peut aussi être signalée. Ainsi le premier des trois noms de Karma Yeshi Sangmo représente le courant religieux.

***

Certaines combinaisons de noms sont très fréquentes et dans une même classe à l'école les trois Tsering Dolma et les deux Dawa Lama sont constamment confondus. Pour éviter cela, dans la campagne tibétaine il est coutumier d'y adjoindre le nom du village qui devient alors un nom propre.

***

Lorsqu'un Tibétain réfugié au Népal écrit une lettre à son père à Lhassa au Tibet, il précise également sur l'enveloppe, en troisième position, le nom de son village d'origine : Kalden Wangchuk "Bawa".

***

Le passeport népalais exige un nom de famille. Les Tibétains vivant au Népal n'en n'ayant pas, ajoutent un nom commun népalais-tibétain ou de caste : Sherpa, Lama,...

Lors de la remise d'un diplôme important, l'étudiant se voit attribué un troisième nom qu'il gardera durant toute sa carrière professionnelle : Sonam Tsering "Acharya" (Master of Art ; mot sanscrit qui signifie "maître" d'où "maîtrise en Art") ; Karma Yeshi "Shatri" (Bachelor of Art ; Michel que signifie cela ?) ; Woser Phuntsok "Doctor" (mot anglais signifiant "docteur").

***

Pour marquer la reconnaissance et le respect d'une personne, la syllabe "la" est collée à la fin du nom. Madame Chimey qui a épousé un directeur d'école ou Monsieur Jigme qui a obtenu un poste d'encadrement important, sont dorénavant appelés Chimeyia et Jigmela.

***

Certaines personnes reçoivent aussi un surnom dont la définition révèle un trait physique ou de personnalité. Un jeune homme de petite taille peut être surnommé Bhuchung "le petit garçon" : bhu = garçon ; chung = petit. Mais dans le cas de Bhuchung Sherap le responsable de parrainage de Namgyal Middle Boarding School, Bhuchung est un nom propre usuel.

***

Lors de la consécration des jeunes nonnes ou moines, au moment de la tonte des cheveux, le lama leur donne un nouveau nom. En quittant la vie monastique ils peuvent garder ce nom ou reprendre l'ancien.

***

 

Voir les noms et leur signification, donnés par ordre alphabétique.

 

Site à connaître absolument :

 

http://www.solhimal.org/index.php

 

 



06/11/2014
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 34 autres membres